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Le constant alarmant du Synamag : « la justice ne va pas mal, elle est méthodiquement asphyxiée ! »

IMG Le syndicat des magistrats tire la sonnette d'alarme.

La justice gabonaise a fait sa rentrée syndicale ce jeudi 29 janvier. Pas de robe immaculée ni de discours compassés : des magistrats en colère, lucides et à bout de patience. Réunis en Assemblée générale, les membres du Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) ont livré un constat glaçant : la justice ne va pas mal, elle est méthodiquement asphyxiée.

 

Sous la présidence de Landry Abaga Essono, le syndicat n’a pas tourné autour du pot. Le tableau dressé est sombre, mais surtout accablant pour un pouvoir qui aime proclamer l’État de droit à longueur de discours tout en lui retirant l’oxygène en coulisses. L’Assemblée générale, pourtant prévue par l’article 11 des statuts comme une simple formalité annuelle, s’est transformée en acte d’accusation.

 

L’année 2025 ? « Difficile », dit le SYNAMAG. Traduction non diplomatique : une année de survie institutionnelle, rythmée par des grèves, une autonomie financière fantôme et des tribunaux fonctionnant comme des administrations de crise permanente. Une justice qui juge sans moyens, instruit sans matériel et statue sous pression : un exploit quotidien que l’on appelle abusivement “service public”.

 

Les thèmes des travaux ne laissent d’ailleurs aucune place à l’ambiguïté : « L’indépendance de la justice, rempart ultime de l’État de droit contre les pressions institutionnelles ». Autrement dit : quand le politique s’invite dans le prétoire, la loi prend la porte de service.

 

Et « Indépendance et impartialité : renouveler le pacte de confiance entre la justice et les citoyens ». Encore faudrait-il que ce pacte ne soit pas déjà rompu par des décisions budgétaires humiliantes et des ingérences répétées.

 

Dans son discours d’ouverture, Landry Abaga Essono n’a pas joué au magistrat docile. Il a dénoncé frontalement les pressions institutionnelles. Ces pressions que tout le monde connaît, que personne n’avoue, mais qui pèsent lourdement sur les carrières, les affectations et parfois même sur les décisions. Une indépendance sous condition hiérarchique, voilà la réalité.

 

Car ne nous trompons pas : le problème n’est pas seulement moral, il est structurellement organisé. Une justice privée de moyens est une justice vulnérable. Des palais délabrés, du matériel obsolète, des budgets faméliques : on ne sabote pas mieux une institution que par la pénurie. Et pendant ce temps, on feint de s’étonner que la confiance des citoyens s’effondre.

 

Le SYNAMAG l’affirme désormais sans détour : le temps des incantations est terminé. L’action syndicale sera offensive, la mobilisation renforcée. Le syndicat exige un dialogue assorti d’actes concrets comprendre : pas de réunions stériles, pas de promesses recyclées, pas de rapports enterrés.

 

Deux revendications, simples et dérangeantes la réhabilitation des infrastructures judiciaires, indignes d’un pays qui se réclame de la légalité et une dotation budgétaire à la hauteur des missions confiées à la justice. Pas des miettes budgétaires. Pas des lignes comptables symboliques. De vrais moyens pour une vraie indépendance.

 

Reste la question que personne n’ose poser officiellement : à qui profite une justice affaiblie ? Certainement pas aux citoyens. Certainement pas aux magistrats. Mais sans doute à ceux qui préfèrent une justice docile, lente et sous-financée, plutôt qu’une justice libre, rapide et imprévisible. Les magistrats ont donc cessé de chuchoter. Ils parlent fort. Et préviennent : une justice méprisée finit toujours par se rebeller. Ce jour-là, il sera trop tard pour feindre la surprise.

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