Paul Kessany, nouveau ministre des Sports.
Au Gabon, l’échec ne disqualifie pas. Il promeut. La nomination de Paul Kessany au ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, le 1er janvier 2026, en est l’illustration brutale : on continue de confondre gloire passée et compétence présente, émotion populaire et gouvernance publique.
Ancien capitaine des Panthères, ancien conseiller spécial du président de la Transition, Kessany n’arrive pas comme un réformateur, mais comme un symbole recyclé, servi tiède à une opinion sportive déjà écœurée par des décennies de promesses creuses.
Un ministère sinistré livré à l’improvisation
Soyons impitoyablement honnêtes : le sport gabonais est en état de mort cérébrale. Et que fait-on dans ce pays lorsqu’un secteur est à l’agonie ? On y place un ancien joueur, comme si le passé en crampons suffisait à masquer l’absence de vision, de méthode et de courage politique.
Le ministère des Sports n’est pas une récompense de fin de carrière. C’est un poste de combat, exigeant une main froide, des décisions impopulaires et une rupture nette avec les réseaux mafieux qui gangrènent les fédérations.
Or, que montre le bilan réel de Paul Kessany avant sa nomination ? un tournoi inter-entreprises sponsorisé par “33 Export”, événement mondain plus proche de la beuverie corporate que d’une politique sportive sérieuse ; une détection des talents fantôme, sans résultats, sans filières, sans impact mesurable. C’est donc cela, le pedigree censé sauver le sport gabonais ?
CAN 2025 : l’humiliation nationale balayée d’un revers de main
Trois matchs. Trois défaites. CAN Maroc 2025 : une humiliation historique. Un football gabonais sans âme, sans plan, sans futur. Dans un pays normal, cette débâcle aurait déclenché : des audits, des limogeages, une refondation radicale.
Au Gabon, elle a produit l’inverse : le recyclage des mêmes figures, la sanctification des échecs, la continuité dans l’aveuglement. La nomination de Kessany apparaît alors pour ce qu’elle est : un choix de confort politique, un pansement médiatique posé sur une gangrène institutionnelle.
Le vrai problème : le courage politique n’est pas au rendez-vous
Le sport gabonais ne manque ni de talents ni de passion. Il manque de dirigeants courageux. Courage de : dissoudre les fédérations mafieuses, auditer les budgets engloutis, mettre fin aux dirigeants éternels, investir dans le sport scolaire, imposer des critères de compétence, pas de copinage.
Mais au Gabon, le copinage est un sport plus performant que le football. On préfère un ministre docile à un ministre efficace. Un ancien international silencieux à un technocrate dérangeant. Paul Kessany est donc face à un mur : ou il devient le ministre qui trahit le système, ou il sera le ministre qui l’aura servi jusqu’à l’asphyxie.
Les promesses ? Une insulte à l’intelligence collective. Diagnostic national. Stratégie sportive. Détection dès l’école primaire. Diaspora sportive. Des slogans. Des incantations. Des formules déjà usées jusqu’à la corde. Les Gabonais n’en peuvent plus des PowerPoint ministériels et des ateliers financés sans lendemain. Ils veulent : des terrains praticables, des championnats crédibles, des entraîneurs formés, des jeunes encadrés et des résultats visibles. Le reste n’est que bruit administratif.
Conclusion : carton rouge ou disqualification définitive
Paul Kessany n’est plus un ancien capitaine. Il est comptable d’un système à bout de souffle. S’il échoue, il ne sera pas seulement un ministre raté. Il deviendra le symbole d’un pays incapable de tirer les leçons de ses défaites, préférant célébrer ses mythes plutôt que construire son avenir. Le sport gabonais est à terre. La question n’est plus de savoir si Paul Kessany aime le sport. La vraie question est : a-t-il le courage de détruire ce qui l’a porté pour sauver ce qui reste ? Sinon, le match est déjà perdu.
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