Plus rien ne va au LNBTPG.
Une crise institutionnelle d’une gravité exceptionnelle secoue le Laboratoire National du Bâtiment et des Travaux Publics du Gabon (LNBTPG). Elle met en lumière de sérieux soupçons de malversations financières, une décision forte du Conseil d’administration et une intervention controversée du ministre de tutelle, dans un contexte où les autorités de la Ve République affichent une volonté affirmée de rompre avec l’impunité et la corruption dans la gestion publique.
Des irrégularités financières majeures révélées par un audit
Les conclusions préliminaires du cabinet d’audit indépendant O&M Groupe, mandaté par le Conseil d’administration, dressent un tableau particulièrement préoccupant. Selon ce rapport, le LNBTPG aurait fonctionné pendant près d’une décennie sans tenue régulière de comptabilité, une anomalie grave pour un établissement public stratégique.
Plus inquiétant encore, l’audit fait état de décaissements estimés à près de 300 millions de francs CFA effectués sans pièces justificatives probantes. Ces dépenses concerneraient notamment l’acquisition d’équipements de laboratoire dont la valeur réelle serait évaluée à environ 100 millions de francs CFA, révélant un écart financier significatif et nourrissant de forts soupçons de gestion frauduleuse.
Face à ces éléments, le Conseil d’administration, réuni en session extraordinaire le 9 janvier 2026, a décidé de suspendre à titre conservatoire le Directeur général, M. Koumba Bambi Didier, dans l’attente de la poursuite des investigations. Une décision que les administrateurs jugent d’autant plus fondée que l’intéressé aurait quitté la séance sans répondre aux interrogations soulevées.
Un dirigeant coutumier des faits et des méthodes contestées
Selon plusieurs sources internes concordantes, le Directeur général suspendu ne serait pas à son premier différend avec les organes de gouvernance et les équipes du LNBTPG. Il est en effet décrit comme un cadre coutumier de pratiques jugées peu orthodoxes, affichant une assurance nourrie par des protections supposées, et n’hésitant pas à snober ses collaborateurs, y compris certains de ses supérieurs hiérarchiques.
Cette posture, perçue par nombre d’agents comme un sentiment d’intouchabilité, aurait progressivement fragilisé le climat de travail et sapé l’autorité des instances de contrôle internes, contribuant à l’enlisement de dysfonctionnements aujourd’hui mis en lumière par l’audit.
Une intervention ministérielle qui interroge
C’est dans ce contexte que l’intervention du ministre de tutelle suscite de vives interrogations. Pourquoi une telle immixtion alors que la gravité des faits relevés appellerait plutôt la saisine des autorités compétentes et l’ouverture d’une enquête judiciaire ? Cette démarche ne constitue-t-elle pas une atteinte aux prérogatives du Conseil d’administration et aux principes fondamentaux de gouvernance des établissements publics ?
Profil du dirigeant et pratiques héritées du passé
Au-delà des soupçons financiers, l’affaire relance le débat sur le respect des textes et des critères de nomination. Le Directeur général suspendu serait classé en catégorie A2, alors que les statuts du LNBTPG recommandent la nomination de cadres de catégorie A1, pourtant disponibles au sein même de l’institution.
Cette situation ravive également les critiques relatives à des promotions perçues comme relevant davantage de réseaux d’influence, notamment ceux de l’ancienne « Young Team », que du mérite ou de la compétence. Des pratiques jugées incompatibles avec l’esprit de rupture et de rigueur que la Ve République entend incarner.
Un test de crédibilité pour la Ve République
L’affaire du LNBTPG pose désormais une question centrale : à qui profite l’entrave à la manifestation de la vérité ? Alors que le Gouvernement réaffirme son engagement à lutter contre la corruption et à restaurer l’autorité de l’État, l’arbitrage attendu apparaît comme un test majeur de crédibilité.
L’opinion publique, tout comme les agents du LNBTPG, attend que toute la lumière soit faite, que les responsabilités soient clairement établies et que nul, quelles que soient ses protections passées ou présentes, ne se place au-dessus de la loi.
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