IMG-LOGO
Accueil Article Tourisme judiciaire au Gabon : Ogowé Siffon incarcéré, ses collaborateurs toujours en excursion
Investigation

Tourisme judiciaire au Gabon : Ogowé Siffon incarcéré, ses collaborateurs toujours en excursion

IMG Dans l’affaire dite Siffon–Ngari, le dossier judiciaire suivra son cours.

Au Gabon, la lutte contre le détournement de fonds publics avance. Lentement. Très lentement. Sauf quand elle court. Mais elle ne court pas pour tout le monde. Le 25 décembre 2025, pendant que les Gabonais tentaient d’oublier l’inflation autour d’un poulet hors de prix, la justice a décidé de fêter Noël… au cachot. Cadeau surprise : Pascal Michel Ogowé Siffon, ex-ministre du Tourisme, a été promptement emballé, ficelé, et livré à la prison centrale de Libreville. Deux proches en bonus. Offre spéciale fêtes. Un jour férié. Un mandat express. Une célérité jamais observée pour les crimes ordinaires, les détournements ordinaires… ou les justiciables ordinaires.

 

Le détournement, oui. La détention, ça dépend. Dans la même affaire, un autre nom flotte dans l’air, léger comme une plume : Liliane Ngari, secrétaire générale du ministère du Tourisme. Citée dans le dossier. Mentionnée dans les murmures judiciaires. Mais absente du casting carcéral.

À ce stade, la justice gabonaise semble appliquer une règle simple : Dossier commun. Responsabilités présumées communes. Conséquences… très individuelles. Certains entrent à Sans-Famille par la grande porte. D’autres restent tranquillement à domicile, télécommande en main, liberté incluse. Quand la justice se met au tri sélectif.

 

Pourquoi cet empressement quasi fébrile le jour de Noël ? Pourquoi ce zèle carcéral soudain, quand tant d’affaires moisissent des années dans les tiroirs ? Pourquoi cette rigueur pour l’un et cette étonnante patience pour l’autre ? La réponse officielle est introuvable. La réponse officieuse circule déjà, la justice gabonaise ne serait pas aveugle, elle serait myope… et très sélective.

 

Elle reconnaît parfaitement certains visages. D’autres, étrangement, lui échappent. Anticorruption ou opération “nettoyage ciblé” ? Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de la lutte contre la corruption un étendard. Louable. Nécessaire. Urgent. Mais encore faut-il que le manche ne serve pas à frapper toujours les mêmes doigts.

Car une justice qui incarcère vite mais pas équitablement, qui communique fort mais instruit mollement selon les profils, ne combat pas la corruption, elle la met en scène. À force de procédures spectaculaires mais incomplètes, la lutte anticorruption ressemble moins à une réforme qu’à une chorégraphie pénale : un pas en avant, deux pas de côté, et surtout, beaucoup d’angles morts.

 

Deux poids, deux Noël

Message envoyé au peuple gabonais. Si vous êtes mal placé, Noël peut se fêter en cellule. Si vous êtes bien entouré, il peut se fêter en famille. Les Gabonais ne demandent pas des arrestations folkloriques, encore moins des têtes à exposer. Ils demandent une justice constante, pas une justice d’humeur, ni une justice de calendrier, encore moins une justice de réseau.

 

Le vrai prévenu la crédibilité. Dans l’affaire dite Siffon–Ngari, le dossier judiciaire suivra son cours. Mais dans l’opinion, le verdict est déjà sévère. Car à force de mandats de dépôt à sens unique, c’est la justice elle-même qui se retrouve sur le banc des accusés. Chef d’inculpation : partialité aggravée. Circonstance aggravante : Noël. Et à ce rythme, la prison centrale de Libreville pourrait bien devenir un musée : “Ici furent incarcérés certains suspects de détournement. D’autres n’ont jamais trouvé l’adresse.”

Partagez:

0 Commentaires


Postez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires