Enseignants lors de leur Assemblée générale, le 17 décembre 2025, à l’école publique Martine Oulabou
Il y a des retours qui sentent la mission d’État. Et puis il y a ceux qui sentent la poussière des dossiers mal fermés. Reconduite à la tête du ministère de l’Éducation nationale le 1er janvier 2026, Camélia Ntoutoume-Leclercq revient comme on revient revendiquer un terrain disputé, acte notarié sous le bras, pendant que la maison brûle derrière. Dans la savane politico-administrative gabonaise, l’adage est implacable : « Celui qui court après sa parcelle ne peut pas surveiller le feu du village. »
Or, à peine installée, la ministre donne l’image d’une responsable venue régler d’abord ses problèmes de titre foncier politique, avant de se souvenir qu’elle a laissé derrière elle une école publique exsangue, ulcérée et en grève chronique.
La chasse annoncée… et le chasseur encerclé
Camélia Ntoutoume-Leclercq se présente en grande chasseresse de l’excellence académique, promettant de traquer l’échec scolaire, d’apprivoiser les syndicats et de discipliner le système. Mais à Libreville comme à l’intérieur du pays, la scène est inversée : le chasseur est entré dans la clairière… et ce sont les enseignants qui l’ont cerné.
SOS Éducation, Conasysed, Sena : les noms claquent comme des tambours de guerre. Les revendications aussi. Salaires mal régularisés, affectations fantômes, carrières bloquées. Résultat : classes désertées, craies inutilisées, élèves sacrifiés. « Quand le chasseur devient bavard, même la pintade se moque », dirait le vieux du village.
Ce lundi 5 janvier, jour officiel de reprise des cours, l’école gabonaise a brillé par son absence. Une rentrée fantôme, pendant que le ministère s’active à produire des communiqués comme on agite des feuilles pour faire croire à une forêt.
Facebook ministre, école sinistrée
Sur Facebook, la ministre cite Omar Bongo Ondimba, sanctifie la jeunesse et promet de ne « ménager aucun effort ». Sur le terrain, l’effort est surtout demandé aux enseignants, sommés d’enseigner sans moyens, sans reconnaissance et sans perspectives. « Le ventre vide n’écoute pas les discours », tranche la sagesse africaine.
Les fameuses réformes manuelles gabonais « historiques », cadre curriculaire « structurant », réhabilitations « en cours » relèvent désormais du musée des promesses recyclées. Car depuis 1960, l’école gabonaise a surtout vu défiler des ministres convaincus que l’annonce valait l’action.
Même la Police scolaire, brandie comme épouvantail sécuritaire, ressemble à un pansement sur une fracture ouverte. On ne sécurise pas un système qu’on a laissé pourrir ; on ne rétablit pas l’autorité dans une école où l’État a perdu la sienne.
Titre foncier politique, terrain social miné
Le retour de Camélia Ntoutoume-Leclercq ressemble moins à une relance qu’à une tentative de sécurisation personnelle : revenir, s’installer, marquer le territoire, rappeler qu’on est toujours propriétaire du champ. Mais pendant que la ministre plante ses bornes, les enseignants labourent la colère.
Un proverbe africain avertit : « Quand le chef passe son temps à compter ses terres, le peuple finit par compter ses morts. » Ici, ce sont les morts symboliques de l’école publique qui s’accumulent : motivation, crédibilité, confiance.
L’heure n’est plus aux slogans
L’Éducation nationale n’a plus besoin d’une ministre-communicante, ni d’une gestionnaire de citations présidentielles. Elle a besoin d’une responsable capable de regarder les syndicats en face, de solder les dossiers, d’assumer les échecs passés y compris les siens.
Car la vérité est brutale : celle qui voulait chasser le désordre est désormais poursuivie par lui. Et dans cette chasse-là, les enseignants ne courent plus. Ils attendent. Et quand ils attendent trop longtemps, « même le lion apprend à douter de sa couronne ». En 2026, Camélia Ntoutoume-Leclercq n’est plus jugée sur ses intentions, mais sur ses actes. Et pour l’instant, le chasseur est à bout de souffle, le gibier a levé la tête, et l’école gabonaise reste à terre.
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