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Onanga Y’Obegue dénonce « le bricolage » au sommet de l’Etat : quand les anciens architectes du désordre dénoncent l’incendie

IMG Ali Agbar Onanga Y’Obegue.

Au Gabon, la morale institutionnelle fonctionne comme les clignotants sur les voitures de luxe : elle s’active surtout quand on est déjà sorti de la route. La dernière démonstration nous est offerte par Ali Akbar Onanga Y’Obegue, soudainement saisi d’une fièvre constitutionnelle aiguë, dénonçant un président « mal conseillé », un palais livré au « bricolage », et une gouvernance qui tanguerait dangereusement. Le diagnostic est parfois juste. Mais le médecin… a longtemps vendu les mêmes ordonnances frelatées.

 

Oui, il a raison. Et c’est bien le problème.

Soyons honnêtes brutalement honnêtes. Oui, le pouvoir d’Oligui Nguema donne parfois l’impression d’un État géré à coups de clés à molette, où la Constitution sert tantôt de texte fondamental, tantôt de chiffon d’atelier.

 

Oui, les incompatibilités entre fonctions ministérielles et mandats parlementaires ont été traitées avec une créativité juridique digne d’un concours de prestidigitation. Oui, le régime politique gabonais ressemble aujourd’hui à un animal institutionnel non identifié, ni présidentiel assumé, ni équilibré, ni lisible.

 

Oui enfin, promettre une croissance budgétaire flamboyante dans un pays économiquement essoufflé relève davantage de la foire aux illusions que de la rigueur d’État. Sur ces points, Onanga Y’Obegue dit vrai. Mais dire vrai après coup n’a jamais lavé les mains de ceux qui ont longtemps sali la table.

 

Le scandale, ce n’est pas ce qu’il dit.

C’est qu’il ose le dire sans rougir. Car l’homme qui dénonce aujourd’hui les « mauvais conseillers » fut l’un des meubles les plus solides du salon Ali Bongo. Un meuble discret, certes, mais bien ciré, bien positionné, et jamais renversé par la moindre indignation publique.

 

Quand Ali Bongo Ondimba gouvernait par ordonnances morales et décrets d’opportunité : Onanga ne criait pas au bricolage. Onanga ne parlait pas de sabotage silencieux. Onanga ne s’inquiétait pas d’une Constitution violée à répétition. À l’époque, le bricolage avait un parfum de légalité, et le silence était élevé au rang de loyauté républicaine. Aujourd’hui, ce même silence se recycle en tribune morale. La mue est spectaculaire. La crédibilité, beaucoup moins.

 

La critique posthume du système… par l’un de ses notaires

Ce qui choque, ce n’est pas la sévérité du propos. C’est son amnésie volontaire. Onanga Y’Obegue parle comme s’il avait passé les vingt dernières années en exil intérieur, loin des décisions, loin des abus, loin des arrangements. Comme s’il n’avait pas été ministre, haut responsable, bénéficiaire direct de l’ancien système.

 

Il dénonce aujourd’hui ce qu’il n’a jamais combattu hier, pas même à demi-mot. Pas une démission fracassante. Pas une tribune courageuse. Pas une phrase pour sauver l’honneur. Rien. Le silence quand le pouvoir nourrit. La colère quand il exclut. Oligui mal conseillé ? Peut-être.

 

Mais Onanga mal placé pour donner des leçons ? Assurément. Le fond du problème n’est pas Oligui Nguema. Le fond du problème, c’est cette élite gabonaise capable de survivre à tous les régimes en changeant simplement de vocabulaire. Hier, elle appelait ça la stabilité. Aujourd’hui, elle appelle ça le bricolage. Demain, elle appellera ça la rupture. Toujours avec le même aplomb. Toujours sans jamais demander pardon au peuple.

 

La tragédie gabonaise en une phrase

Le Gabon n’a pas seulement un problème de gouvernance. Il a un problème de mémoire chez ceux qui parlent trop tard. Onanga Y’Obegue a peut-être raison sur le présent. Mais tant qu’il refusera d’assumer son rôle dans le passé, sa colère restera ce qu’elle est vraiment : une lucidité sans courage, une vérité sans repentir et une leçon donnée par quelqu’un qui n’a jamais quitté la classe quand la triche était la règle.

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