Le ministère de la Fonction Publique à Libreville.
Depuis l’avènement de la Ve République, le Gabon s’est engagé sur une trajectoire de renouveau. Les avancées sont visibles : infrastructures modernisées, réformes sociales amorcées, ambitions économiques réaffirmées. Pourtant, derrière ces progrès, un chantier majeur demeure inachevé, presque silencieux mais profondément structurant : celui de la qualité des femmes et des hommes placés à la tête des administrations et des entreprises de l’État.
Car si les routes se construisent et les discours se renouvellent, l’administration, elle, souffre encore trop souvent de choix humains discutables. Des responsables sont propulsés à des postes stratégiques sans expérience avérée, sans vision, parfois sans compétence. Le mérite cède la place à la proximité supposée, l’exigence est remplacée par l’arrogance, et le sens du service public par une posture de domination, teintée de menaces. À l’incompétence s’ajoutent alors le manque de courtoisie, la suffisance et une forme d’impunité nourrie par l’idée d’être intouchable.
Cette imposture managériale, devenue presque banale, prend aujourd’hui une ampleur inquiétante. Comment bâtir un État fort avec des institutions fragilisées de l’intérieur ? Comment impulser une dynamique de développement durable lorsque la gabegie et le népotisme gangrènent encore trop de structures publiques ? Chaque nomination approximative est un signal négatif envoyé aux cadres compétents, un coup porté à la performance collective, un frein à la transformation réelle du pays.
Le récent remaniement du gouvernement de la Ve République doit être lu comme une opportunité historique. L’opportunité de rompre avec les vieux réflexes, de sortir des stéréotypes, et surtout de repenser en profondeur la cartographie administrative du Gabon. Il ne s’agit plus seulement de changer des hommes ou des femmes, mais de redéfinir un modèle de dirigeant public : compétents, humbles, exigeants, expérimentés, respectueux des agents et conscients de la portée de leur mission de performance et résolument tournée vers des résultats.
Repenser la cartographie administrative, c’est accepter que le développement ne se décrète pas uniquement par des projets ou des budgets, mais qu’il se construit d’abord par la qualité du leadership des acteurs etatiques et paraetatiques. Le Gabon a besoin de serviteurs de l’État, de véritables patriotes, pas de bénéficiaires de postes. C’est à ce prix que la Ve République pourra véritablement tenir sa promesse de refondation.
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